Difficile de joindre les deux bouts aux States.

Finalement, l'herbe n'est pas plus verte ailleurs, même dans les ranchs américains.
C'est ce qui ressort du témoignage laissé par Bren Smith, un producteur de fruits de mer et d'algues de Long Island, au New York Times.

Un constat généralisé

D'après Smith, la plupart des agriculteurs et autres éleveurs qu'il connait ont le même discours que lui: ils travaillent à perte. Ce qu'il présente comme le "vilain secret" du "food movement" américain est que les fermiers qui travaillent à petite échelle ne s'en sortent pas sur le long terme. Nombreux sont même ceux qui, parmi eux, sont obligés d'accepter des jobs parrallèles une fois les outils de travail déposés. Ainsi, selon le département de l'agriculture américain, 91% des exploitations dépendent d'autres sources de revenus que le coeur de leur métier

Pire: des charges pourtant importantes comme les soins de santé, l'université des enfants ou l'épargne pension sont tout simplement ignorées car en dehors de leurs moyens. Toujours selon Smith, seuls ceux qui ont choisi d'ignorer la vente au détail parviennent à s'en sortir, tandis que le prix des terres en constante augmentation devient tellement prohibitif pour les jeunes arrivants que l'âge moyen d'un propriétaire de ranch est actuellement de 56 ans.

Les marchés fermiers pas assez rentables

Bien que très attrayants et précieux à ses yeux, Brent Smith juge que les marchés fermiers, ou "farmers' markets" n'atteignent pas des volumes de ventes suffisants pour dégager un revenu approprié pour le producteur. D'autant plus que la multiplication des initiatives locales a tendance à tirer les prix vers le bas. Il met aussi en cause la concurrence déloyale que leur opposent les producteurs amateurs, notamment ceux qui, après une carrière lucrative dans la finance ou les assurances, se sont retirés et coulent des jours heureux dans une petite exploitation dont la rentabilité n'a aucune espèce d'importance. Et cela, les clients ne le savent pas. Hors, un client reste toujours un consommateur qui sera la plupart du temps attiré par le produit moins cher.

En plus de cela, regrette-t-il, de nombreuses fermes ouvertement non orientées vers le profit, comme les fermes urbaines expérimentales, les exploitations à vocation sociale, reçoivent des subventions publiques ou privées qui les rendent impossibles à concurrencer par les jeunes exploitants indépendants.

La tête du "food movement" ne pense pas aux exploitants

Cela peut sembler paradoxal, mais Brent en est persuadé: les grandes figures du mouvement "local" américain, emmené par de célèbres chefs, des journalistes, des étudiants et des organisations non gouvernementales, ont pris en compte tout un tas de choses extrêmements positives (la nourriture saine, la nourriture locale, la qualité, la logistique) mais ont complètement ignoré ceux qui sont à la racine-même de leur idéal: les agriculteurs et autres éleveurs. Et notamment les contradictions et inégalités économiques dont ils sont victimes.

Toutefois, notre homme juge que ce n'est pas la faute du mouvement si lui et ses collègues se retrouvent à la traîne. Le mouvement a eu le mérite de remettre une agriculture saine et proche parmi les premières préoccupations de la nouvelle génération. Il estime en revanche que les producteurs doivent maintenant réagir et se battre pour l'accès des jeunes à la terre, pour une répartition plus juste des richesses, du commerce et des subsides. Mais également pour que tous les ouvriers et les travailleurs en général voient leur pouvoir d'achat augmenter afin que la production locale soit davantage dans les moyens de tout un chacun. Pour cela, il n'y a pas de secret: les producteurs devront s'unir et, en nombre, créer des organisations capables de renverser la vapeur. Une nourriture saine et des revenus suffisants pour tout un chacun, voilà ce à quoi Brent et ses amis veulent parvenir.

Source: New York Times